Transformer la violence des élèves

Cerveau, motivation, apprentissages

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Apprendre à distinguer et à reconnaître les systèmes de motivation

Qu’est-ce qui motive ou démotive les élèves ? Comment satisfaire les besoins de motivations ?

De plus en plus souvent les enseignants se posent la question sur ce qui motive ou démotive l’élève. Le modèle proposé, peut être parce qu’il permet de ne plus confondre des sources de motivations incompatibles, pourrait fournir des clés pour devenir apte à satisfaire dans les situations d’apprentissage les besoins de motivation de sécurisation (SM1) et d’innovation (SM2) des élèves tout en évitant de renforcer ou d’alimenter la motivation d’addiction (SM1 parasité).

Dans le but de permettre à celui qui lit ces lignes de s’approprier cet outil de décodage, nous allons rappeler les définitions de ces trois systèmes de motivation et proposer des situations-type impliquant d’abord les élèves et les enseignants ensuite, n’est-il pas important pour un pédagogue d’être conscient de ses motivations et donc de bien se connaître ? Une application en classe sera ensuite proposée concernant la correction d’un devoir.

Références aux pages du livre : pages 39 à 68 ; 255 à 269 (valeurs et motivations) ; 293 à 295 (glossaire).

Accéder aussi au chapitre 6 complet avec ses trois figures (la figure 6.1 a été oublié par l’éditeur) : Trois systèmes de motivation en interaction.

Cette application du modèle comprenant trois systèmes de motivation dans la relation pédagogique est extraite de : Crise et apprentissage, quelles motivations ? par D. Favre et C. Favre , in les “Cahiers pédagogiques”, n° Hors-série : “Motivation”, 1996.

Trois définitions

Motivation de sécurisation (SM1)

Dans ce premier système de motivation, le sentiment de bien-être ou de frustration serait associé à la satisfaction ou non de besoins biologiques et psychologiques essentiels, dans une relation de dépendance à autrui. Il reste (y compris à l’âge adulte) à l’origine du plaisir que nous avons à réaliser des tâches maîtrisées, à retrouver des situations ou des lieux connus, des personnes qui nous donnent de l’affection ou de la reconnaissance, en bref tout ce qui constitue notre sécurité dans la stabilité et le connu. Le SM1 est donc également à l’origine des frustrations que nous éprouvons lorsque « l’on ne peut plus faire comme avant », frustrations qui annoncent généralement l’arrivée des crises.

Motivation d’innovation (SM2) Dans le second système de motivation, le plaisir aurait pour origine les conduites par lesquelles un être humain gagne de l’autonomie (physique, intellectuelle ou affective), surmonte des difficultés, fait preuve de création et d’innovation. Il est indissociable d’une position de responsabilité. Les satisfactions qu’il procure (apprendre, exprimer sa créativité, s’enrichir de la différence d’autrui ou de la possibilité d’appréhender le monde avec un point de vue différent du sien, rencontrer de nouvelles épreuves à surmonter…) ne sont souvent pas immédiates et nécessitent quelquefois un investissement soutenu. En SM 2, la frustration peut être perçue comme de l’ennui devant un environnement (la classe par exemple !) qui n’autoriserait que les tâches routinières, ou parfois comme une sorte de culpabilité qui proviendrait de la conscience de ne pas réaliser ses potentialités.

Motivation de sécurisation parasitée (SM1p)

Dans le système de motivation d’addiction, le plaisir serait associé à la recherche et au maintien de la dépendance, les "programmes étrangers", équivalents à de véritables conditionnements inconscients acquis principalement pendant l’enfance entraînent la répétition d’actes ou de pensées limitant le développement de l’autonomie de l’individu. S’ils continuent de rester actifs, c’est justement parce qu’ils sont à l’origine d’un troisième type de plaisir. Ceci va se traduire chez l’individu par "une relation de drogué à drogue" vis-à-vis de certains comportements, personnes, situations ou idées. La relation de drogué à drogue transparaît dans le langage utilisé par le "drogué" (traduisons : la personne qui agit sous l’influence de son SM1p). Les négations absolues, les adverbes "totalitaires" : ne… que… ; seulement… si, traduisent que la personne fait dépendre complètement sa satisfaction d’une situation précise. Un parasitage peut être soupçonné lorsque l’on observe dans le langage d’une personne une disproportion entre le sentiment éprouvé, exemple : "j’ai horreur…" et les événements censés engendrer ce sentiment : "…des gens qui monopolisent toujours la parole !". L’emploi du mot "toujours" transforme ici la phrase en généralisation abusive et traduit la force de la frustration en SM1p. À partir de cet exemple, on peut essayer de reconstituer en quoi consiste le programme étranger, deux variantes sont possibles : "quand quelqu’un occupe l’attention des autres, je n’existe plus !" ou bien "si je ne peux attirer l’attention des autres sur moi, je n’existe plus !".

P.-S.

Pour en savoir plus : Favre D. (2007) Valeurs et motivation : comment les valeurs pourraient constituer des obstacles à l’évolution des pratiques pédagogiques ? in « Entre « toujours plus » et « encore mieux » : les valeurs explicites et implicites en formation d’enseignants », coordination du Symposium du Réseau, Éducation, Formation 09/2005 à Montpellier et de l’ouvrage : D. Favre, A. Hasni et C. Reynaud, (en expertise pour publication De Boeck Université).
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