Développer le langage intérieur pour pallier la violence

lundi 7 septembre 2015
par  Daniel Favre
popularité : 27%

Vous trouverez ici des informations supplémentaires concernant la comparaison effectuée avant et après l’atelier de communication, pour les élèves « violents » et pour les témoins

Il est conseillé d’aborder cette section seulement après avoir lu le chapitre 10 du livre « Transformer la violence des élèves ». Le tableau présenté ci-après complète donc le tableau 10.1 du livre.

Les variables comportementales et les attitudes cognitives modifiées par l’atelier de communication

Les trois tests des troubles de conduites et celui concernant le traitement de l’information passés l’année précédente ont constitué le pré-test, ils vont de nouveau être proposés aux élèves et à leurs enseignants plus d’un mois après la fin de l’atelier de communication, ce sera le post-test de cette expérimentation.
Sur le tableau suivant sont rapportés les comportements mesurés initialement et leurs éventuelles modifications tout en relativisant celles-ci en les comparant aux modifications éventuelles des scores des élèves témoins.

Voir ci-dessous le fichier pdf :

Tableau 1

Analyse du tableau

Certains résultats vont dans le sens attendu et confirment nos hypothèses :

1- Une baisse de 60 % des conduites agressives, très significative, faisant passer la moyenne des élèves cas largement en dessous du seuil pathologique situé rappelons-le à 18.

2- Une baisse également de 60 % très significative des “problèmes sociaux” chez ces élèves, ce qui valide le résultat précédent : ces élèves, étant moins agressifs, interagissent de manière plus positive avec leur entourage ; la diminution significative de 193 % des troubles de l’attention, de 58 % de la tendance au “retrait”, de 40 % des problèmes extériorisés confirme une modification de comportements impliquant une meilleure adéquation au contexte scolaire.

3- La moyenne de la variable “anxiété-dépression" corrélée à la variable “agressivité” baisse également et significativement de 50 % chez les élèves cas, les situant ainsi largement en dessous du seuil pathologique (situé à 11).

4- Une augmentation très significative de 84 % des "réponses non dogmatiques", autre variable corrélée à l’agressivité, traduit l’acquisition par ces élèves de capacités à utiliser le langage pour exprimer leurs besoins, leurs émotions et les faire respecter, en particulier dans la relation avec les parents.

5- Les comportements délinquants demeurent stables. L’atelier n’a pas abordé les actes de délinquance aussi nous parait-il normal que, pour le moment, les mesures ne montrent pas de différence. On peut espérer en effet qu’une intégration dans le temps d’attitudes qui visent à se respecter soi-même puisse entraîner un meilleur respect des biens d’autrui. En rappelant que les actes de petite ou moyenne délinquance font souvent partie du paysage de l’adolescence et que la différence entre cas et témoins quoique significative est relativement peu marquée. Nous apporterons une attention particulière à cette dimension lors d’une prochaine intervention.

Certains résultats doivent être commentés car selon les scores, les élèves témoins présentent des modifications qui vont dans le même sens que celui des élèves cas :

L’augmentation des réponses de type non dogmatique chez les témoins peut correspondre au fait que l’atelier de communication n’était pas “étanche”. En effet, les élèves cas et témoins appartenant aux mêmes classes ont forcément communiqué entre eux durant l’année scolaire, certains élèves témoins sont même venus une ou deux fois à l’atelier et enfin huit des enseignants ont suivi en parallèle une formation de dix heures visant elle aussi le recours au registre non dogmatique. Ceci constitue une limite pour notre étude et nous porterons une attention particulière pour assurer une meilleure maîtrise de ces paramètres dans un travail ultérieur. Ce manque d’étanchéité du dispositif expérimental expliquerait que l’on ne confirme pas la variation spontanée observée précédemment sur un plus grand échantillon d’élèves témoins et vingt scénarios de frustration. Cette variation “naturelle” correspond, en effet, à une augmentation de 30% du nombre de réponses dogmatiques d’une année à l’autre (Bélanger et coll., 1994).
Ceci pourrait expliquer également que les témoins français, contrairement aux élèves témoins québécois, qui présentaient au pré-test des scores élevés en matière de troubles de l’attention, de la tendance au “retrait”, des problèmes extériorisés et des symptômes “anxiété-dépression” aient indirectement bénéficié par contagion de l’atelier de communication et amélioré leurs scores au post-test. Il serait intéressant de vérifier cette hypothèse lors d’une étude ultérieure.

Certains résultats ne correspondent pas aux modifications prévues par nos hypothèses, il s’agit des diminutions concernant les habiletés sociales : attitudes coopératives et affirmation de soi. Peut-être que dans ce cas notre atelier n’a pu compenser l’influence des valeurs sociales actuelles qui privilégient la compétition interindividuelle (économie, politique, sport...) et la soumission (pénurie d’emploi ...).


Navigation

Articles de la rubrique

  • Développer le langage intérieur pour pallier la violence